Chez l’enfant sourd, la maturation des fonctions neurosensorielles, dont les voies auditives et les processus de développement du langage, est d’autant plus favorisée par l’appareillage que celui-ci est précoce et de qualité.

L’appareillage auditif de l’enfant diffère considérablement de celui de l’adulte.

1. Eléments du bilan d’orientation prothétique

La base indispensable du succès de l’appareillage auditif est la mesure du seuil de l’audition. Celle-ci doit se faire séparément pour chaque oreille et pour chaque fréquence. Pour pouvoir assurer une concordance des résultats obtenus, il faut tenir compte de tous les bilans des différents procédés audiométriques.

Cela comprend dans la première année : l’otoscopie, les résultats de l’audiométrie comportementale, la tympanométrie (226Hz et 1000Hz), les otoémissions acoustiques (TEOAEs et DPOAEs), les épreuves électrophysiologiques avec recherche de seuils au click et spécifiques en fréquence (autant que possible avec l’écouteur inséré dans le conduit auditif et si c’est nécessaire en utilisant la conduction osseuse).

Ces informations transmises par le médecin à l’audioprothésiste seront complétées par les tests spécifiques du processus d’appareillage.

2. Situations auditives

Les situations auditives à l’âge du nourrisson différent de celles de l’âge adulte. Les enfants dans la première année se trouvent souvent allongés, assis sur les genoux ou dans les bras de leurs parents. Au début, ils ne disposent pas encore du contrôle du mouvement de leur tête. Avec une mobilité croissante, les situations auditives changent continuellement. En conséquence, il faut faire évoluer le gain en fonction de la psychomotricité de l’enfant (effet larsen-LTASS différent).Long Term Average Speech Spectrum.

3. Conditions anatomiques

Le pavillon de l’oreille et le conduit auditif se composent d’un tissu très flexible. Le conduit auditif est plus étroit, plus court et encore droit, le volume est beaucoup plus petit. Par rapport à l’adulte, la pression sonore est plus élevée et la fréquence de résonance se décale vers les aigues. Pour ces raisons, le réglage des appareils auditifs doit se faire au moyen de mesures techniques qui prennent en considération l’évolution de la fonction de transfert individuelle de l’oreille (la mesure du RECD). Real Ear Coupleur Difference.

4. Embouts

Chez le jeune enfant et du fait de ces particularités anatomiques, la prise d’empreinte implique la nécessité d’une grande expérience afin d’assurer la réalisation d’embouts de qualité et de réduire les risques d’apparition du larsen. Lorsqu’un problème de larsen est rencontré, il est recommandé de mesurer l’étanchéité acoustique de l’embout ou d’en refaire un plus efficace. Pour minimiser les risques traumatiques, l’utilisation de matière souple est recommandée.

5. Processus d’appareillage

La mesure RECD intègre les qualités acoustiques du conduit de l’enfant et l’influence acoustique de l’embout à l’aide d’une sonde dans le conduit auditif. Après la mesure, l’adaptation d’appareils auditifs peut débuter de manière simulée, sans autre mesure sur l’enfant. L’utilisation d’une méthode d’appareillage spécifique à l’enfant (DSL m[i/o] v 5.0 ou NAL-NL2…) est recommandée comme algorithme de réglage initial. Les résultats des calculs des algorithmes et le réglage des appareils auditifs doivent être contrôlés au moyen du SPLogram, de mesures audiométriques et de l’observation de l’évolution de l’enfant. Il est important de souligner l’utilisation d’instruments de mesures disposant de signaux simulant la parole (réf. Par Thomas W).

Grâce au SPLogram, on a la preuve d’une transmission optimisée d’un spectre vocal à long terme (LTASS). Cela signifie que les sons faibles et forts de la parole sont transférés dans le champ dynamique résiduel de l’enfant. Le cas échéant, les raisons d’une transmission insuffisante des sons faibles et des fréquences aiguës doivent être justifiées.

Les appareils de type contour d’oreille sont les plus recommandés pour l’appareillage du tout jeune enfant. Ils doivent être solides et disposer d’une haute flexibilité de réglage pour pouvoir corriger des surdités complexes et évolutives. Ils doivent être équipés d’une entrée-audio et d’un blocage de piles. Les traitements du signal modifiant l’amplification acoustique (les multi-microphones, les réducteurs de bruit, les multi-programmes, le contrôle de volume, …) doivent être désactivés. Pour contrôler un éventuel effet larsen, seuls les systèmes travaillant en opposition de phase doivent être utilisés.

6. Contrôle de l’efficacité et évaluation

Le contrôle final doit être documenté au moyen de SPLogram, d’une mesure du gain prothétique fonctionnel en champ libre (audiométrie comportementale) et de questionnaires d’observation pour les parents et les professionnels participants à la rééducation. Il faut démontrer que les appareils auditifs sont portés sans sifflements et sont bien acceptés par l’enfant. Le SPLogram doit démontrer une transmission de niveau moyen de la parole avec une dynamique de 30 dB dans le champ auditif résiduel de l’enfant.

Dans la première année, la mesure de l’audition doit être ré-évaluée régulièrement. Un contrôle du fonctionnement et des réglages des appareils, des valeurs de RECD et du gain prothétique fonctionnel est également nécessaire (croissance, état de l’oreille moyenne). Une modification de l’audition doit être communiquée à l’équipe en charge de la rééducation précoce de l’enfant. En outre le bilan orthophonique doit être effectué régulièrement.

Pendant l’appareillage, les parents doivent être informés du service, des soins, des accessoires et des aides techniques supplémentaires. Au moment de la délivrance des appareils auditifs, une « carte des appareils auditifs » et une documentation est à remettre aux parents.

L’appareillage dans la première année est une tâche multidisciplinaire qui demande une coopération étroite de toutes les disciplines spécialisées participantes !

Recommandation BIAP 06.8 , 07 , 21 2-3 , 25.1

Littérature :

1. MCHAS, Guildeline on Hearing Aid Fitting, verification et evaluation in children, UK 2005

2. Canadian Working Group on Childhood Hearing, en 2005

3. Pediatric Amplification Protocol, les Etats-Unis AAA, en 2003

4. Guideline for Audiologic Assesment of children from birth to 5 years of age, ASHA, USA 2004

5. Papier de consensus à l’approvisionnement d’appareils auditifs dans l’enfance, vers.3, DGPP, Allemagne 2007

6. The DSL Method for Pediatric Hearing instrument Fitting : tendances dans l’amplification Volume 9, number 4, en 2005

7. Audiométrie comportementale du très jeune enfant, Monique Delaroche, Edition De Boeck - Université 2001

Cette recommandation a été réalisée avec une collaboration multidisciplinaire

Président de la commission : Thierry RENGLET

Membres de la commission : Ajuarez Sanchez (Espagne), Ahsen Enderle-Ammour, B. Azema (France), E. Bizaguet (France),A. Bohnert (Allemagne), H. Bonsel (Allemagne), C. Dagain (France), Y. Dejean (France), J. Dehaussy (France), M. Delaroche (France), L. Demanez (Belgique), M. Drach (Allemagne), (Allemagne), F. Fagnoul (Belgique),A. Korzon (Pologne), H. Kraase (Allemagne) F. Kuphal (Allemagne), G. Lux-Wellentof (Allemagne), G. Madeira (Belgique), R. Melo (Portugal), C. Renard (France), Cl. Vander Heyden (Belgique), P. Verheyden (Belgique), Th. Wiesner (Allemagne)

Bordeaux, le 1er mai 2009

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Introduction :

La recommandation a essentiellement pour objectif d’informer les parents, les enseignants et les organismes subsidiant des conditions d’utilisation efficace des aides électro-acoustiques complémentaires dans les classes.

La classe est une situation d’apprentissage. L’attention doit donc être soutenue. Les qualités acoustiques doivent être optimales.

La surdité, en plus de la perte quantitative, engendre des perturbations qualitatives dans le domaine de la sonie (ex: recrutement), des effets de masque, de l’analyse temporelle et des processus centraux.

Dans une classe, les enfants sont généralement soumis à de mauvaises conditions acoustiques qui sont essentiellement dues à la distance entre l’enfant et l’enseignant, au bruit ambiant et à la réverbération.

L’intelligibilité de la voix de l’enseignant est entre autre fonction du temps de réverbération de la classe. Les réverbérations masquent les caractéristiques essentielles du signal. De plus le niveau du signal vocal diminue avec la distance et le niveau de bruit de fond reste constant.

L’ensemble de ces éléments provoque chez les enfants entendants :

- une perte de l’information surtout au niveau des nouvelles acquisitions,

- une diminution du niveau d’attention lors des explications orales,

- une augmentation de l’irritabilité et de la fatigue,

- une augmentation du temps de réaction du à l’effort cognitif de déchiffrement de l’information orale mal perçue

Pour l’enfant atteint de déficience auditive, ces conséquences de mauvaises conditions acoustiques sont beaucoup plus importantes et invalidantes. Parler dans ces conditions nuit à court terme, à la qualité de sa voix et à long terme au développement de son langage.

Cela aura des conséquences négatives au niveau scolaire (baisse du rendement scolaire) et relationnel (épuisement, tensions, disputes…)

Dans un milieu bruyant, la prothèse auditive ou l’implant cochléaire, même avec les algorithmes modernes, ne suffit pas à améliorer chez un patient l’intelligibilité de la parole. L’action sur le rapport S/B est plus importante. Pour un enfant atteint de déficience auditive le rapport S/B de 15 à 20 dB est recommandé. Le jeune âge et le degré de déficience auditive sont des facteurs aggravants.

Les aides électro-acoustiques complémentaires concernent aussi les enfants ayant une audition normale mais avec des difficultés, par exemple :

- troubles déficitaires de l’attention

- troubles auditifs centraux

- troubles de l’apprentissage

- troubles du langage …

Ces enfants sont davantage pénalisés dans le bruit.

Solutions :

Il faut améliorer les conditions acoustiques de la classe (rec. 9-10.4)

En ce qui concerne l’utilisation des aides électro-acoustiques complémentaires différentes solutions sont proposées : la liaison HF (ou FM), la liaison par infra-rouge, la boucle magnétique et la sonorisation par haut parleur. Une information complète doit être assurée pour pouvoir choisir la solution la plus appropriée à chaque enfant.

En particulier, il faudra présenter les avantages et les contraintes de la solution retenue. Les aspects de compatibilité et de flexibilité du matériel doivent être connus.

1. Indication :

Une analyse multidisciplinaire est indispensable pour recommander dans une situation d’apprentissage l’utilisation d’une aide électro-acoustique complémentaire. Le degré de déficience, le mode de fonctionnement de la classe, les moyens de communication, l’âge, la présence d’interprète ou codeur doivent être pris en compte. Une évaluation sensorielle auditive et visuelle de l’enfant doit être réalisée avant de lui proposer une aide complémentaire.

L’utilisation du matériel complémentaire doit être précédé par un bilan d’adaptation spécifique avec des tests d’audiométrie tonale et vocale, des essais en milieu scolaire.

Le critère d’indication doit aussi permettre de préciser les temps d’utilisation (tout le temps, à la demande, réservé à l’école…) et qui décide de ce temps d’utilisation

2. Information :

Une double information doit être proposée aux enseignants. D’une part il faut les sensibiliser aux difficultés d’écoute en situation de classe et décrire les limites des aides de correction auditive.

D’autre part, les enseignants doivent être informés sur les procédures de fonctionnement ainsi que de maintenance du matériel. Des documents écrits doivent leur être remis.

Les mêmes informations doivent être données aux parents. La motivation des parents et des enseignants va jouer un rôle fondamental dans l’acceptation du matériel par l’enfant.

3. Acceptation :

En fonction de l’âge, certains enfants auront peut être besoin de plus de temps pour accepter le matériel qui « les relie » de manière privilégiée à leur enseignant. Un travail spécifique doit être réalisé auprès des enfants pour les aider à mieux comprendre l’intérêt de leur équipement. Les autres enfants de la classe doivent aussi recevoir une information qui leur permettra de mieux accepter l’enfant équipé de ce matériel.

3. Maintenance :

Des moyens doivent être mis en place pour permettre de réaliser une maintenance préventive.

Ces moyens doivent aussi permettre d’évaluer la capacité de l’enfant à porter, à ajuster et à manipuler le système. Ce matériel exige une maintenance régulière notamment pour des questions de connexions. Des protocoles de contrôle de bonne utilisation et de bon fonctionnement doivent être proposés régulièrement aux intervenants.

5. Subventionnement :

Les parents et les différents intervenants auprès de l’enfant doivent être informés des subventionnements possibles.

Le BIAP recommande l’utilisation des aides électro-acoustiques complémentaires envisagés ainsi que leur prise en charge par les différents organismes assureurs.

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Cette recommandation a été réalisée avec une collaboration multidisciplinaire

Présidents de la commission : Thierry RENGLET (Belgique) et Salvador SANTIAGO (Espagne).

Membres de la commission : Ajuarez Sanchez (Espagne), E. Bizaguet (France),A. Bohnert (Allemagne), H. Bonsel (Allemagne), C. Dagain (France), Y. Dejean (France), J. Dehaussy (France), L. Demanez (Belgique), M. Drach (Allemagne), A. Enderle-Ammour (Allemagne), F. Fagnoul (Belgique),A. Korzon (Pologne), H. Kraase (Allemagne) F. Kuphal (Allemagne), G. Lux-Wellentof (Allemagne), G. Madeira (Belgique), R. Melo (Portugal), Cl. Vander Heyden (Belgique), P. Verheyden (Belgique), Th. Wiesner (Allemagne).

Cette recommandation a été approuvée en Assemblée Générale après avoir été soumise aux comités nationaux en mai 2007 à Rhodes.

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Chaque patient est un cas individuel, chaque surdité est différente.

La précocité de l’appareillage auditif est un facteur de réussite.

La règle est l’appareillage binaural sauf exception.

 

Des règles de bonne pratique sont faites pour vous expliquer le processus d’essai d’un appareillage auditif. Si vous constatez des différences par rapport à ces règles, vous devez en discuter avec votre audioprothésiste.

 

Les huit règles « d’or » sont :

 

  1. Pour mieux vous connaître et répondre à vos attentes vous serez invité à décrire votre

situation auditive actuelle :

Ø Avez-vous des difficultés de compréhension et de communication dans différentes situations d’écoute (dans le calme, dans le bruit, au téléphone, en groupe, dans le cadre professionnel, au spectacle,…) ?

Ø Avez-vous déjà eu une expérience avec une aide auditive ?

Ø Qu’en attendez-vous ?

 

  1. La mesure de votre audition sera réalisée à l’aide d’un casque, d’un vibrateur et/ou de haut-parleurs. Votre niveau d’audition et votre niveau d’inconfort auditif seront évalués. Ces tests seront réalisés à l’aide de sons, de mots et/ou de phrases.

 

  1. En fonction des résultats des tests auditifs, l’audioprothésiste vous informera sur l’éventail des technologies disponibles, leurs coûts et vous conseillera un appareillage adapté à vos besoins.

 

  1. Après examen visuel du conduit auditif, une prise d’empreinte de celui-ci sera réalisée. Les besoins acoustiques, anatomiques et physiologiques détermineront la matière et la forme de l’embout auriculaire.

 

  1. Après cela, une adaptation comparée permettra à votre audioprothésiste de vous proposer la solution la plus adéquate. L’efficacité de votre aide auditive sera contrôlée par des tests auditifs appropriés. Un essai dans votre milieu social et familial vous sera proposé. Le contrôle d’efficacité immédiat et permanent permettra une évolutivité des réglages et demandera plusieurs rendez-vous.

 

  1. L’éducation prothétique continue qui vous sera dispensée conduit au port régulier des appareils. Elle permet leur bonne utilisation tant pour leur entretien que pour les différentes étapes d’accoutumance et d’adaptation à cette nouvelle perception auditive. Des documents écrits vous seront remis.

 

  1. Vous serez également informés sur l’utilisation possible d’aides techniques complémentaires facilitant la communication et l’intégration socioprofessionnelle.

 

  1. Lorsque l’adaptation est terminée, un suivi pluridisciplinaire est nécessaire en vue d’assurer une efficacité permanente. Ce suivi sera assuré médicalement par votre ORL et techniquement par votre audioprothésiste. Ces vérifications détecteront des éventuelles modifications de votre audition ou de fonctionnement de vos appareils. Un renouvellement des embouts auriculaires ou de nouveaux réglages des prothèses pourront être effectués.

 

Votre participation active est aussi l’une des clefs du succès de votre appareillage.

Elle consiste en : apprendre progressivement à entendre par un port régulier des aides auditives, mais aussi à réaffecter et reclasser les bruits familiers, les signaux utiles de la parole, enfin les variations de l’intensité sonore.

Une progression dans l’entraînement auditif doit être adaptée à votre situation.

 

 

 

Gran Canaria – Mai 2005

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