RECOMMANDATION 06.11
APPAREILLAGE AUDITIF CHEZ
L’ENFANT DANS LA PREMIERE ANNEE
Chez l’enfant sourd, la maturation
des fonctions neurosensorielles, dont les voies auditives et les processus de
développement du langage, est d’autant plus favorisée par l’appareillage que
celui-ci est précoce et de qualité.
L’appareillage auditif de l’enfant
diffère considérablement de celui de l’adulte.
1.
Eléments du bilan d’orientation prothétique
La base indispensable du succès de
l’appareillage auditif est la mesure du seuil de l’audition. Celle-ci doit se faire séparément pour chaque
oreille et pour chaque fréquence. Pour pouvoir assurer une concordance des
résultats obtenus, il faut tenir compte de tous les bilans des différents
procédés audiométriques.
Cela comprend dans la première
année : l’otoscopie, les résultats de l’audiométrie comportementale, la
tympanométrie (226Hz et 1000Hz), les otoémissions acoustiques (TEOAEs et
DPOAEs), les épreuves électrophysiologiques avec recherche de seuils au click
et spécifiques en fréquence (autant que possible avec l’écouteur inséré dans le
conduit auditif et si c’est nécessaire en utilisant la conduction osseuse).
Ces informations transmises par le
médecin à l’audioprothésiste seront complétées
par les tests spécifiques du processus d’appareillage.
2.
Situations auditives
Les situations auditives à l’âge du
nourrisson différent
de celles de l’âge adulte. Les enfants
dans la première année se trouvent souvent allongés, assis sur
les genoux ou dans les bras de leurs parents.
Au début, ils ne disposent pas encore du contrôle du mouvement de leur
tête. Avec une mobilité croissante, les
situations auditives changent continuellement.
En conséquence, il faut faire évoluer le gain en fonction de la
psychomotricité de l’enfant (effet
larsen-LTASS différent).Long Term Average
Speech Spectrum.
3.
Conditions anatomiques
Le pavillon de l’oreille et le
conduit auditif se composent d’un tissu très flexible. Le conduit auditif est plus étroit, plus court et encore droit,
le volume est beaucoup plus petit. Par rapport
à l’adulte, la pression sonore est plus élevée et la fréquence de
résonance se décale vers les aigues. Pour
ces raisons, le réglage des appareils auditifs doit se faire au moyen de
mesures techniques qui prennent en considération l’évolution de la fonction de
transfert individuelle de l’oreille (la mesure du RECD). Real Ear Coupleur Difference.
4.
Embouts
Chez le jeune enfant et du fait de
ces particularités anatomiques, la prise d’empreinte implique la nécessité
d’une grande expérience afin d’assurer la réalisation d’embouts de qualité et
de réduire les risques d’apparition du larsen.
Lorsqu’un problème de larsen est rencontré, il est recommandé de mesurer
l’étanchéité acoustique de l’embout ou d’en refaire un plus efficace. Pour minimiser les risques traumatiques,
l’utilisation de matière souple est recommandée.
5.
Processus d’appareillage
La mesure RECD intègre les qualités
acoustiques du conduit de l’enfant et l’influence acoustique de l’embout à
l’aide d’une sonde dans le conduit auditif.
Après la mesure, l’adaptation d’appareils auditifs peut débuter de
manière simulée, sans autre mesure sur l’enfant. L’utilisation d’une méthode d’appareillage
spécifique à l’enfant (DSL m[i/o] v 5.0 ou NAL-NL2…)
est recommandée comme algorithme de réglage initial. Les résultats des calculs des algorithmes et
le réglage des appareils auditifs doivent être contrôlés au moyen du SPLogram,
de mesures audiométriques et de l’observation de l’évolution de l’enfant. Il
est important de souligner l’utilisation d’instruments de mesures disposant de
signaux simulant la parole (réf. Par Thomas W).
Grâce au SPLogram, on a la preuve
d’une transmission optimisée d’un spectre vocal à long terme (LTASS). Cela
signifie que les sons faibles et forts de la parole sont transférés dans le champ dynamique résiduel de l’enfant. Le cas échéant, les raisons d’une
transmission insuffisante des sons faibles et des fréquences aiguës doivent
être justifiées.
Les appareils de type contour
d’oreille sont les plus recommandés pour l’appareillage du tout jeune
enfant. Ils doivent être solides et
disposer d’une haute flexibilité de réglage pour pouvoir corriger des surdités
complexes et évolutives. Ils doivent
être équipés d’une entrée-audio et d’un blocage de piles. Les traitements du
signal modifiant l’amplification acoustique (les multi-microphones, les
réducteurs de bruit, les multi-programmes, le contrôle de volume, …) doivent
être désactivés. Pour contrôler un éventuel effet larsen, seuls les systèmes travaillant
en opposition de phase doivent être utilisés.
6.
Contrôle de l’efficacité et
évaluation
Le contrôle final doit être documenté
au moyen de SPLogram, d’une mesure du gain prothétique fonctionnel en champ libre
(audiométrie comportementale) et de questionnaires d’observation pour les
parents et les professionnels participants à la rééducation. Il faut démontrer que les appareils auditifs
sont portés sans sifflements et sont bien acceptés par l’enfant. Le SPLogram
doit démontrer une transmission de niveau moyen de la parole avec une dynamique
de 30 dB dans le champ auditif résiduel de l’enfant.
Dans la première année, la mesure de
l’audition doit être ré-évaluée régulièrement. Un contrôle du fonctionnement et des réglages
des appareils, des valeurs de RECD et du gain prothétique fonctionnel est également
nécessaire (croissance, état de l’oreille moyenne). Une modification de l’audition doit être
communiquée à l’équipe en charge de la rééducation précoce de l’enfant. En
outre le bilan orthophonique doit être effectué régulièrement.
Pendant l’appareillage, les parents
doivent être informés du service, des soins, des accessoires et des aides
techniques supplémentaires. Au moment de
la délivrance des appareils auditifs, une « carte des appareils
auditifs » et une documentation est à remettre aux parents.
L’appareillage dans la première année
est une tâche multidisciplinaire qui demande une coopération étroite de toutes
les disciplines spécialisées participantes !
Recommandation BIAP 06.8 , 07 , 21 2-3 , 25.1
Littérature :
1.
MCHAS,
Guildeline on Hearing Aid Fitting, verification et
evaluation in children, UK 2005
2.
Canadian
Working Group on Childhood Hearing, en 2005
3. Pediatric Amplification Protocol, les Etats-Unis AAA, en 2003
4.
Guideline
for Audiologic Assesment of
children from birth to 5 years of age, ASHA, USA 2004
5. Papier de consensus à l’approvisionnement d’appareils
auditifs dans l’enfance, vers.3, DGPP,
Allemagne 2007
6.
The
DSL Method for Pediatric Hearing instrument Fitting : tendances
dans l’amplification Volume
9, number 4, en 2005
7. Audiométrie comportementale du très jeune enfant, Monique Delaroche,
Edition De Boeck - Université 2001
Cette recommandation a été réalisée avec une collaboration
multidisciplinaire
Président de la commission : Thierry RENGLET
Membres de la commission : Ajuarez Sanchez (Espagne), Ahsen Enderle-Ammour,
B. Azema (France), E. Bizaguet
(France),A. Bohnert (Allemagne), H. Bonsel (Allemagne), C. Dagain
(France), Y. Dejean (France), J. Dehaussy (France), M.
Delaroche (France), L. Demanez (Belgique), M. Drach (Allemagne), (Allemagne),
F. Fagnoul (Belgique),A. Korzon
(Pologne), H. Kraase (Allemagne) F. Kuphal (Allemagne), G. Lux-Wellentof
(Allemagne), G. Madeira (Belgique), R. Melo (Portugal), C. Renard (France), Cl.
Vander Heyden (Belgique), P. Verheyden (Belgique),
Th. Wiesner (Allemagne)
Bordeaux, le 1er
mai 2009