RECOMMANDATION BIAP 07-02
EQUIPE
AUDIOPHONOLOGIQUE
ET IMPLANT COCHLEAIRE CHEZ L’ENFANT
L’implantation
cochléaire pédiatrique comporte nécessairement des aspects audiophonologiques
et chirurgicaux.
La partie
chirurgicale doit posséder une expérience assez longue de la microchirurgie
otologique et une bonne connaissance de tous les aspects de la surdité de
l’enfant.
L’équipe audiophonologique a un rôle
essentiel dans les bilans pré-implantation.
(Rec. BIAP CT 07-01 « L’information
sur l’implant cochléaire chez l’enfant déficient auditif », Rec. BIAP CT 25-02 « Guidance parentale de parents
d’enfants sourds candidats à l’adaptation d’une prothèse cochléaire ou porteurs
d’un implant cochléaire »)
Les
indications d’implant cochléaire chez l’enfant sont en constante évolution.
Elles
concernent des enfants de plus en plus jeunes ainsi que la possibilité
d’implants bilatéraux et d’implants hybrides à stimulation électrique et
acoustique.
Cette recommandation se propose de préciser le rôle de l’équipe audiophonologique dans les éléments de pronostic, dans les bilans successifs et dans l’observation continue de l’enfant tout au long du processus d’implantation.
L’équipe audiophonologique, définie par
la Rec. BIAP CT 14 –01 bis
« Structures en Audiophonologie », est composée de
Médecins ORL Phoniatres, Pédiatres,
Neurologues, …
Psychologues
Orthophonistes ou de Logopèdes
Audiologistes, Audioprothésistes ou
Bio-ingénieurs
Assistants sociaux
Pédagogues spécialisés
Tout autre spécialiste pouvant être appelé à intervenir.
Leurs
conclusions doivent être confrontées.
Si l’équipe d’implantation
cochléaire pédiatrique est distincte de l’équipe qui assure la prise en charge
de l’enfant, elle a l’obligation de collaborer avec celle-ci. (Rec. BIAP CT 25 – 02).
LE BILAN MEDICAL
La
commission insiste sur certains aspects du bilan médical :
-Nécessité d’un entretien avec la famille, et avec
l’enfant si possible
pour
préciser :
-l’attente, la motivation et le niveau
d’information de la famille (Rec. BIAP CT 07- 01)
-les antécédents familiaux et ceux de l’enfant
-le comportement de l’enfant
-les signes d’alerte qui ont motivé le premier
examen de l’audition
-la prise en charge déjà réalisée
(appareillage, guidance, rééducation, examens
complémentaires).
pour observer :
- le
comportement de l’enfant,
-
ses réactions au bruit, à la voix
- son niveau de développement psychomoteur
- sa
communication avec ses proches
- son mode de communication
et la qualité des interactions
- la qualité de sa voix.
- Nécessité d’un examen ORL complet
- L’examen de l’audition sera pratiqué par audiométrie comportementale
avec les explorations oto-neurologiques qui seront jugées nécessaires : impédancemétrie, otoémissions
acoustiques, potentiels évoqués auditifs, auditory
steady-state response, examen vestibulaire calorique, test au promontoire,
électrocochléographie, etc...
- Le bilan auditif complet nécessite une
collaboration étroite avec l’audioprothésiste et l’orthophoniste ou logopède.
-
Une recherche, avec les examens complémentaires nécessaires, d’autres handicaps
associés (Rec.BIAP CT 21 « Handicaps
multiples et atteintes de l'audition. ») : handicap visuel, moteur,
neurologique, cognitif, etc... (Rec. BIAP CT 07- 01)
- Dans les atteintes rétro-cochléaires, encore
appelées « surdités centrales » ou « neuropathies » la
commission rappelle :
- les difficultés de diagnostic de ce type de lésions.
- les difficultés par rapport aux
attentes de la famille dans l’éventualité de l’adaptation
d’un implant cochléaire (Rec. BIAP CT 21 - 04 et CT 25 – 03 « Guidance parentale dans le cas d’enfants porteurs de handicaps
multiples avec atteintes de l’audition. »)
- Une
imagerie médicale est indispensable dans un bilan pré-implantation.
La tomodensitométrie computérisée et l’imagerie par
résonance magnétique peuvent montrer :
- des anomalies des cavités de l’oreille
interne
- des ossifications cochléo-labyrinthiques (après méningite, otospongiose,
traumatisme, ...).
- des anomalies du système nerveux
central.
Les
informations doivent être confrontées aux observations faites par l’ensemble des
membres de l’équipe pluri-disciplinaire d’implant cochléaire ainsi que de celle
qui assure le suivi de l’enfant.
LE BILAN AUDIOPROTHETIQUE
Il
faut rechercher non seulement le seuil auditif tonal liminaire et
supraliminaire mais encore la possibilité d’utiliser une dynamique auditive
résiduelle suffisante.
Il
faut pratiquer une audiométrie vocale si l’âge de l’enfant le permet.
Le
bilan auditif sera répété dans le temps.
Après
vérification du bon fonctionnement des prothèses et de l’adéquation des
réglages à la surdité de l’enfant, le gain prothétique sera évalué avec les
techniques habituelles en fonction de l’âge.
Il
est recommandé d’apprécier le gain prothétique après une adaptation et une
observation réalisées dans de bonnes conditions.
La
possibilité de discrimination des sons et des mots est beaucoup plus importante
que le seuil tonal. Il faut donc
toujours évaluer l’audition
fonctionnelle : capacité de discriminer des sons et/ou des unités
significatives de langage par la seule voie auditive. Elle est habituellement évaluée par des
épreuves d’audiométrie vocale avec liste de mots ou de phrases sans aide
contextuelle (liste ouverte).
Si
l’audition résiduelle avec prothèse est insuffisante pour une compréhension
sans lecture labiale, l’indication de l’implant cochléaire doit être posée.
La
recherche de l’audition fonctionnelle est essentielle dans les cas
limites :
-
certaines surdités profondes de type 1
-
certaines surdités sévères
-
les surdités évolutives et certaines surdités
mixtes.
Les
informations doivent être confrontées aux observations faites par l’ensemble
des membres de l’équipe pluri-disciplinaire d’implant cochléaire ainsi que de
celle qui assure le suivi de l’enfant.
LE BILAN ORTHOPHONIQUE - LOGOPEDIQUE
Le bilan orthophonique, dans le cadre
de l’implant cochléaire, est complexe. Son but est de servir de base à
l’établissement du programme de réhabilitation et de constituer des données de
référence pour les évaluations ultérieures.
Il s’élabore à partir d’épreuves et de
grilles d’observation propres à chaque pays. Celles ci doivent être adaptées à
l’âge de développement de l’enfant et orientées en fonction des données de
l’anamnèse. (Rec BIAP CT 24 - 01
« Développement du langage chez l'enfant de 0 à 3 ans. » et CT 24 – 02
« Dépistage précoce des troubles du langage chez
l'enfant. »)
Ce bilan doit recueillir des informations concernant
l’enfant et son entourage :
concernant l’enfant
Il évalue
- son audition fonctionnelle : sa
capacité de traitement de l’information auditive (détection, discrimination,
identification, compréhension de mots ou de phrases dans divers contextes)
- son mode de communication (Rec. BIAP CT 17- 01
« Communication. », 17 – 02 « Stratégie de la
communication », 17 – 03 « Le bilinguisme dans l'éducation et l'enseignement de l'enfant
sourd. »).
- la qualité de ses interactions
(attention conjointe, règles de communication, capacité d’imitation, …)
- la qualité de sa voix
- la compréhension et l’expression du
langage ( niveau de vocabulaire, intelligibilité des productions verbales,
maîtrise des structures morpho-syntaxiques, …)
( Rec. BIAP CT 20 – 01, 20 – 02, 20 – 03, 20 – 04 « Langage et bilan du
langage »)
concernant l’entourage
Il évalue
- le mode de communication utilisé par les parents
- la qualité des interactions
(attention conjointe, règles de communication, capacité d’imitation, …)
- le temps de disponibilité
Les informations
doivent être confrontées aux observations faites par l’ensemble des membres de
l’équipe pluri-disciplinaire d’implant cochléaire ainsi que de celle qui assure
le suivi de l’enfant.
LE BILAN PSYCHOLOGIQUE
Ce bilan constitue une référence de
base pour les évaluations ultérieures ainsi que pour l’orientation de la
famille vers des professionnels spécialisés.
Il nécessite un entretien avec les
parents et une rencontre individuelle avec l’enfant.
L’entretien
avec les parents permet de préciser
- le parcours qui les a amenés à envisager
l’implant cochléaire pour leur enfant
- leur niveau d’information sur l’implant et
leur motivation pour porter ce projet
- la charge émotionnelle suscitée par la
perspective d’un acte chirurgical
- l’adéquation de leurs attentes avec les besoins, les potentialités de l’enfant et
les limites de cette prothèse
- la cohérence de ce projet avec le
fonctionnement familial
- l’intégration de l’implant cochléaire dans un
projet global d’éducation
La
rencontre avec l’enfant
consiste en :
-
une observation en situation libre et en situation
d’évaluation
-
un entretien avec l’enfant si possible
permet de préciser :
-
sa relation à l’autre, son appétence à communiquer, ses
capacités d’adaptation, son potentiel affectif et cognitif, sa motivation à
bénéficier d’une prothèse cochléaire
permet de déceler et d’évaluer
d’éventuels troubles associés (Rec. BIAP CT 21–01, 21–02, 21–03 « Handicaps multiples et atteintes de l'audition.
Surdités avec handicaps associés. »)
Si
le bilan révèle un risque de perturbation sur le plan psychologique, le projet
d’implantation doit être rediscuté.
Les
informations doivent être confrontées aux observations faites par l’ensemble
des membres de l’équipe pluri-disciplinaire d’implant cochléaire ainsi que de
celle qui assure le suivi de l’enfant.
Gran Canaria – mai 2005