RECOMMANDATION
C T 07-ter
L'INFORMATION
SUR L'IMPLANT COCHLEAIRE CHEZ L'ENFANT DEFICIENT AUDITIF
La CT 07 recommande la prise en charge par des professionnels
de l'équipe pluridisciplinaire audiophonologique (cf. CT14)
du très jeune enfant déficient auditif sévère
ou profond, si possible avant l'âge de un an.
Elle recommande donc :
Un diagnostic précis de la déficience
auditive et des troubles associés éventuels avec les examens
complémentaires nécessaires.
Un accompagnement des parents ou guidance parentale.
Un développement optimal du ou des modes
de communication choisis en accord avec le choix parental.
Une adaptation prothétique précoce.
Une évaluation dans le temps de l'évolution
de l'enfant avant toute décision d'implantation.
1. INFORMATION DES FAMILLES
Deux parties :
- pour les enfants
présentant une déficience auditive congénitale ou
prélinguale
- pour les enfants
présentant une déficience auditive post-linguale : surdité
acquise ou évolutive.
1.1 Pour
les enfants présentant une déficience auditive congénitale
ou prélinguale.
1.1.1. L'information en période de diagnostic
Une information claire sur l'implant cochléaire
peut être donnée dès cette période, dans le
cadre d'une information générale. Cette information ne doit
pas entraîner un investissement moindre dans la prise en charge et
en particulier dans la prothèse auditive.
Il faut donc insister sur les points suivants :
- La mise en
place d'un implant cochléaire n'est pas une intervention «
miracle ». Elle n'est pas une réparation de l'oreille rétablissant
une audition normale.
- Elle a des
indications précises et des limites. Elle ne peut être proposée
qu'après une période suffisamment longue d'observation pour
apprécier le gain obtenu par les prothèses auditives et l'évolution
de l'enfant.
Pendant cette période, il est indispensable,
avec la participation des parents :
de poursuivre l'adaptation prothétique en
insistant sur la patience nécessaire pour apprécier son résultat.
- de pratiquer
une éducation auditivo-perceptive adaptée et continue.
- de développer
la communication de l'enfant et de créer les conditions d'accès
à une langue.
Cette prise en charge représente, de toute
façon, les prérequis nécessaires à une candidature
à l'implant cochléaire.
Pendant cette période, il faudra aider les
familles à réfléchir :
- sur la déficience
auditive et ses répercussions
- au choix du
mode de communication
- aux implications
psychologiques, linguistiques et pédagogiques de ce choix.
1.1.2. L'information par l'équipe audiophonologique
au cours de la prise en charge.
1.1.2.1. L'information collective
Cette information peut prendre plusieurs formes et s'inscrire
dans l'ensemble des informations transmises aux familles : entretiens,
colloques, réunions de parents, rencontre avec des personnes sourdes.
Cette information doit être largement pluridisciplinaire.
L'utilisation de documents ou de vidéo est
possible en respectant une vision objective des résultats potentiels.
Cette information doit surtout être cohérente
et elle doit maintenir une distance et une critique éventuelle par
rapport à l'information transmise par les média.
Enfin, dans le cadre d'une information générale
sur l'implant cochléaire, la commission demande que soit abordé
le problème d'handicap associé à la déficience
auditive. La présence de handicap associé ne constitue pas
une contre-indication à l'implant cochléaire. Dans la décision,
il faudra néanmoins tenir compte des potentialités de l'enfant,
de l'existence d'une stratégie de communication et de la motivation
de la famille. L'indication dépend surtout alors du bénéfice
que peut apporter l'implant dans le contexte de cette pathologie associée.
1.1.2.2. L'information personnalisée (lorsque
la possibilité d'un implant cochléaire est envisagée).
Cette possibilité d'implant peut être envisagée
soit par l'équipe audiophonologique qui suit l'enfant, soit par
la famille qui s'interroge sur cette éventualité. Il est
nécessaire que les différents membres de l'équipe
se soient concertés avant de répondre à ce projet.
Le rôle du médecin (ORL, phoniatre ou
audiophonologiste) est important dans cette information mais elle doit
être faite en collaboration étroite avec les professionnels
concernés (cf. Recommandation CT 25 Annexe
: rôle du médecin dans la guidance parentale).
L'information doit être large, répétitive,
personnalisée :
§ L'information
sur l'implant lui-même
- son principe,
ses apports, ses limites et les différents types d'implant
- que peut-il
apporter à l'enfant par rapport à sa situation actuelle ?
§ L'information sur
la période pré-implantation
Les parents doivent être informés :
- sur la nécessité
d'examens complémentaires
- sur la possibilité
de contre-indication à l'intervention
- sur l'importance
de la décision parentale. Celle-ci nécessite un engagement
:
- pour un développement
du langage oral
- pour une assiduité
au programme de réhabilitation post-implantation.
Il faut laisser aux parents le temps de reformuler leurs
questions, leur permettre de rencontrer :
- des personnes
sourdes
- des familles
d'enfants déficients auditifs avec ou sans implant
- des membres
d'associations de parents d'enfants déficients auditifs porteurs
ou non d'implant
cochléaire.
La famille peut vivre, en effet, une période
difficile avant la décision. La nécessité d'un choix
et la lourde responsabilité qu'il représente, peuvent nécessiter
une aide psychologique qui devra s'adapter à cette situation particulière
(cf. recommandation CT 25 Guidance
parentale).
1.1.3 La famille s'adresse ou est adressée
à l'équipe responsable de l'implantation
Cette équipe doit prendre contact avec celle
qui assure la prise en charge. Elle doit demander le dossier multidisciplinaire
de l'enfant et en prendre connaissance.
L'interrogatoire, les premiers examens auront pour
but d'étudier la faisabilité de l'implantation ou une contre-indication
éventuelle.
1.1.3.1. Période d'observation en vue
de l'implantation
Sauf dans des cas particuliers, la décision d'implantation
ne sera éventuellement prise qu'après une période
d'observation de 6 mois minimum. Ce délai est nécessaire
chez l'enfant très jeune pour apprécier l'évolution
de l'enfant en s'étant assuré au préalable de la qualité
de la prise en charge et de l'adaptation de l'appareillage prothétique
pendant cette période. La perception auditive avec prothèse
doit être contrôlée et cet examen sera répété
si nécessaire. Enfin, ce délai permettra aussi aux familles
de mûrir leur décision.
1.1.3.2. L'étude de faisabilité
Elle nécessite la participation de tous les membres
de l'équipe pluridisciplinaire responsable de l'implantation. Un
consensus doit exister sur l'indication d'implantation entre l'équipe
d'implantation et l'équipe qui prendra en charge l'enfant.
L'étude de faisabilité nécessite
:
- un examen
O.R.L.
- un examen
audiométrique complet
- un bilan de
langage
- un bilan prothétique
- un bilan psychologique
- une recherche
étiologique
- la recherche
de troubles associés.
Des examens complémentaires :
- examens électro-physiologiques
- examens radiologiques
(scanner, IRM)
etc.……
1.1.3.3. L'équipe responsable de l'implantation
doit renseigner la famille
Elle devra maintenir une relation continue avec l'équipe
qui assure la prise en charge pour évaluer la progression de l'enfant.
Elle devra donner toutes les informations nécessaires
- sur ce que
l'on peut obtenir avec un implant et sur les possibilités d'utilisation
des restes auditifs actuels
- sur l'intervention
chirurgicale, ses risques et son coût
- sur le délai
entre l'intervention et la mise en service de l'implant
- sur le suivi
post-implantation, ses modalités, sa durée et son coût
- sur les possibilités
de progrès techniques futurs et de défaillance technique,
les uns ou les autres pouvant justifier le remplacement de tout ou partie
de l'appareillage avec ou sans intervention chirurgicale.
Elle organisera la rencontre d'enfants porteurs d'un
implant et de leurs familles
La commission souligne le fait que la décision
définitive appartient toujours à la famille.
1.2. Pour
les enfants présentant une déficience auditive post-linguale
Il peut s'agir de déficiences auditives acquises
ou évolutives.
Les recommandations concernant l'information seront
les mêmes que pour les enfants présentant une surdité
congénitale ou prélinguale.
La commission souligne cependant les faits suivants
:
- Le diagnostic
et l'évaluation du gain prothétique seront plus aisés.
- La possibilité
d'un implant cochléaire peut être envisagée plus précocement,
en particulier dans les surdités post-méningitiques.
- La rééducation
post-implant peut être moins longue, mais elle dépend de l'ancienneté
de la surdité.
- La conservation
et la stimulation de la communication orale sont nécessaires avec
éventuellement d'autres formes de communication adaptées
aux besoins spécifiques de l'enfant.
- Un consensus
doit exister sur l'indication d'implantation entre l'équipe d'implantation
et l'équipe qui prendra l'enfant en charge.
2. INFORMATION APPORTEE A L'ENFANT QUI DOIT
BENEFICIER D'UN IMPLANT COCHLEAIRE
La commission insiste sur la nécessité
d'apporter également le maximum d'information à l'enfant
lui-même. Cette information sera adaptée en fonction du niveau
de compréhension et d'expression langagière de l'enfant,
afin de lui permettre autant que possible de participer au processus de
décision d'implantation.
Elle utilisera tous les moyens adaptés à
la transmission d'un message à l'enfant déficient auditif
en fonction de son âge. On peut par exemple lui présenter
le matériel externe de l'implant ; il peut également rencontrer
des enfants porteurs d'un implant etc. …
Cette information devra se poursuivre immédiatement
avant l'intervention, dans la période post-opératoire et
plus tard au moment des réglages.
Nivelles, le 1er mai 1999